Téléphoner au volant : le délit et le déni …

Téléphoner au volant : le délit et le déni … Que celui qui n’a jamais téléphoné au volant m’envoie le premier SMS. Que celui qui sans kit mains libres n’a jamais décroché à un appel le fasse aussi. Naturellement, tout cela est « mal », délictueux, délinquant.

Addiction ou reconnue comme telle, l’attachement au téléphone portable a un nom : »nomophobie » ! Il vient de la contraction de « no mobile phobia », la peur d’être sans portable… 

Assez actif pour nous aider à combattre d’autres addictions ( alcool, tabac, jeux), l’Etat a laissé celle-ci s’installer tranquillement puisque le développement de la téléphonie mobile est créateur d’emplois, de richesses (celles des opérateurs qui achètent les licences à l’Etat). Un déni en quelque sorte.

Et voilà qu’aujourd’hui, le même Etat entend frapper finalement ceux chez qui le portable est devenu incontournable : les utilisateurs que nous sommes.

Téléphone Portable : l’objet du déni devient l’objet du délit…

L’objet du déni devient l’objet du délit…

« Près de 6% des conducteurs tiennent d’ailleurs leur téléphone en main, contre 3,7% en 2015. Chez les chauffeurs poids-lourds, le chiffre monte même à 15%. L’inattention et les manœuvres dangereuses représentent pourtant 30% des accidents mortels sur l’autoroute en 2018. » nous apprend la Sanef…

14 % des accidents mortels seraient liés à l’usage du portable. D’où la menace ultime « Une disposition du projet de loi mobilités prévoit la suspension pure et simple du permis de conduire, si le conducteur commet une infraction tout en téléphonant ».

Rationnellement, il n’y a rien à dire … Sauf que dans les faits, la perte du permis est une condamnation à mort « économique et sociale ». Un cadre, un commerciale, un professionnel sans permis est aujourd’hui condamné au chômage s’il n’a plus son permis…

On pourra dire que c’est mérité, juste et se couvrir de bonne conscience mais l’omniprésence du portable dans nos quotidiens se fondent presque sur un ressort identique.

Un cadre, un commercial, un professionnel qui ne répond pas à un appel, à une sollicitation d’un prospect freine son activité économique, sa rentabilité.

Qui n’a jamais entendu un « n+1 » ou un client s’étonner que l’on ne réponde pas à ses appels et ponctuer la critique d’une remarque blessante ?

« Tu ne réponds pas à mes appels, tu as trop de boulot »

Qui n’a jamais entendu « Tu ne réponds pas à mes appels, tu as trop de boulot », « Tu ne veux pas bosser ».

L’absence de réactivité pouvant, là, devenir, la cause de tension dans l’entreprise, de doutes sur l’engagement du salariés et à terme, son licenciement. Nième mort « économique et sociale »…

 Cette urgence de la réponse au téléphone s’est élargie à la vie privée,  au quotidien.

Sur les réseaux sociaux, la course à l’information et à la primeur de l’information ont aussi renforcé ce lien entre l’utilisation et son téléphone… Un téléphone qui est naturellement devenu appareil photo, ordinateur, bureau-mobile au fur et à mesure des applications téléchargées.

Voilà pourquoi, si l’on peut comprendre la répression envers les utilisateurs de portable au volant, il convient de se poser la question de l’origine du « mal », de ses causes.

Culpabilisation, répression …. Sont-elles les seules solutions ?

Tout cela dans une société où l’on ne prend plus le temps de rien et où la pression monte sur chacun…

Cette pression a de nombreux effets collatéraux : de l’usage du portable au volant à ce burn-out qui nous menace tous.

Une fois encore, pénaliser un addiction sans s’attaquer aux racines du mal, c’est fragiliser, culpabiliser mais ce n’est pas guérir.

On me dira sans doute que j’exagère, que l’on peut se libérer de tout cela facilement. J’ai entendu tant de gens le dire, pour d’autres addictions que j’ai un peu de mal à le croire.

Ne pas attaquer la racine des maux, c’est une forme de perversion même si la sécurité routière ne se négocie pas…

Stéphane Bourhis

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